Porter une analyse critique sur l’oeuvre de Rasamimanana
n’est pas aisé, eu égard au charisme du personnage,
son érudition et la rigueur d’un scientifique dont
il justifiait. La notoriété de son écrit liée à sa
propre notoriété n’est plus à démontrer
et les informations recueillies par ses soins étaient sans
aucun doute accompagnées d’enquêtes et/ou de
vérifications.
L’importance de son œuvre repose surtout sur son caractère
inédit et ses nouvelles données historiques, comparées à certains écrits
qui lui étaient contemporains et qui se contentaient de se copier les
uns des autres. Depuis cette œuvre, aucune nouvelle information majeure
sur les Andriantompokoindrindra ne fût rapportée, ce qui contribuait à consacrer
ainsi l’oeuvre de RASAMIMANANA comme étant la référence à propos
de la tradition particulière des Andriantompokoindrindra.
Est-il alors possible d’analyser, de parler de portées
et limites de ce livre ? En tout état de cause, ce livre
est devenu par la force des choses et par le temps une vérité absolue
pour certaines personnes notamment certains Andriantompokoindrindra.
Nous estimons toutefois qu’il nous est permis d’analyser
et de discuter de cet ouvrage pour trois raisons :
1) Rasamimanana s’était insurgé (p°11)
contre ce qu’il appelle la crédulité des Malgaches
pour tout ce qui est imprimé, et j’en déduis
qu’il inclut aussi le fait que ses écrits ne doivent
pas faire l’objet de cette crédulité aveugle.
L’écrit (même si j’estime que des vérifications
aient été faites) n’est pas indiscutable car
somme toute les informations recueillies ont pris racine dans la
tradition orale.
2) Rasamimanana était certes médecin, savant scientifique,
mais un historien amateur. Ce qui n’est pas une faiblesse
mais sous-tend une méthode de recherche assez particulière.
En effet, il y a deux sortes d’historiens :
- Ceux qui ont appris l’Histoire comme étant une discipline
scientifique et académique,
- Ceux qui sont nés avec l’Histoire, bercés
d’Histoire, vivent avec l’Histoire, comme Rasamimanana
et votre modeste conférencier. Pour cette classe d’historiens,
le premier souci repose sur le recueil de maximum de données.
Souvent dans cette quête on accède à des archives
familiales inédites et fiables et on essaye de se rapprocher
de la vérité. Cependant, il est fréquent qu’on
accède à des informations cruciales qui ne seront
peut-être jamais diffusées mais qui se chuchoteront
dans un cercle restreint. L’histoire publiée n’est
que ce que j’appelle de l’histoire politiquement correcte
où chacun y trouve son compte.
Et j’estime que Rasamimanana dans ses recherches a eu accès à des
informations confidentielles qu’il n’aurait jamais
publiées. Sa publication s’était surtout faite à titre
de droit de réponse aux divers écrits qui s’acharnaient
sur Andriantompokoindrindra.
3) La troisième raison est que Rasamimanana dans ce livre
parle de son histoire. La question d’objectivité est
très importante. Personne ne peut être objective à 100%
quand on parle de l’Histoire surtout s’il s’agit
de sa propre histoire. Nous en sommes tous concernés. Dans
notre analyse nous essayerons d’être objectifs en tenant
compte des traditions familiales différentes. Je soutiens
Rasamimanana par les idées, dans sa volonté de démentir
les affirmations tendancieuses et/ou haineuses de certains envers
Andriantompokoindrindra, en revanche, je ne suis pas et je n’en
serai jamais un thuriféraire.
Malheureusement le temps qui nous est imparti
ne nous permet pas d’analyser exhaustivement cette oeuvre, ainsi je vous prie
d’être indulgent si nous ne pouvons rentrer dans chaque
détail du livre sinon nous en ferons une thèse, ce
qui n’est pas notre but. Ce jour, nous nous satisferons d’énumérer
les faits marquants de ce livre et notamment de soulever ses limites
dans l’appréciation globale des Andriantompokoindrindra,
enfin je mentionnerai quelques questions qui méritent d’être
soulevées pour que cette oeuvre soit le point de départ
d’autres oeuvres de grande valeur qui approfondiraient davantage
l’histoire des Andriantompokoindrindra.
1. Le CONTEXTE
DE L’ECRITURE DU LIVRE
ANDRIANTOMPOKOINDRINDRA .
1.1.
Contexte des écrits contemporains
de Rasamimanana.
Comme vous pouvez le voir, ces écritures datent de 1909.
Pourquoi ? Parce que, si je ne m’abuse c’était
un an auparavant que fût réédité et à plus
large diffusion le fameux Tantaran’ny Andriana devenu la
référence de l’histoire royale. C’était également,
sensiblement dans cette période (début du XX siècle)
que la traduction en français de l’oeuvre de Callet
fût entamée. Je cite pêle-mêle l’oeuvre
du père Malzac (Histoire du royaume hova), celle (plus
tard) de Rainitovo dont l’histoire de l’origine des
merina fût inédite, en revanche ses approches sur
l’histoire du royaume et notamment d’Andriantompokoindrindra
n’était qu’une reprise de celle de Callet.
Il faut dire que si ces auteurs n’avaient pas d’animosité particulière
contre les Zanatompo, ils furent en revanche influencés
par ceux qui n’affectionnaient pas particulièrement
les Zanatompo. Et il faut dire que les clans qui ne s’entendaient
pas trop avec les Andriantompokoindrindra, il y en avait (p°11
dernier paragraphe).
Ce jour, je n’entrerai pas dans les détails sur les
raisons de ces « mésententes » mais je dirai
seulement que les écrits des uns et des autres le confirmaient.
Je citerai aussi deux écrits qui ont été sensiblement
contemporains à celui de RASAMIMANANA, notamment celui de
l’Andrianamboninolona Andriamanantsiety. Il y a eu également
l’oeuvre de l’Andriandranando Razafimbelo qui ne parlait
pas seulement de son clan mais se voulait être un ouvrage
de référence qui traite l’unicité dans
la diversité des Andrianteloray (Andriatompokoindrindra,
Zanakambony, Zanadranando). Son approche fût plus subtile,
mais il voulait insister sur le fait que les Andrianteloray ne
faisaient qu’un. On sentait aussi cependant son sentiment
négatif envers Andriantompokoindrindra ou les Andriantompokoindrindra,
parce que s’il encensait Andriandranando ou Andrianamboninolona,
il n’a pu s’empêcher de mettre sur la bouche
du Roi Ralambo un mot qui désignait Andriantompokoindrindra
comme étant « le mauvais ». En malagasy le terme « ilay
ratsy » était significatif. Il parla également
de la disgrâce d’Andriantompokoindrindra par Ralambo
devant tout le peuple et son humiliation. Il parla d’Andriantompokoindrindra
qui pleurait, tellement il fût humilié.
1.2. Contexte familial et historique de RASAMIMANANA.
La famille d’Andrianambahy et de Rafotsy Rasalama Ramasy (parents de
Rasamimanana) était les piliers de la religion catholique à Ambohimalaza.
Ce fût une famille qui était considérée comme francophile
et c’est pour cette raison que Rasamimanana fût parmi les jeunes
malagasy envoyés en France pour les études en 1886. Son frère
aîné Razafindrainibe Jean Baptiste avait offert son terrain d’Antanatsara
pour la construction de l’église catholique et pendant les premières
heures de la colonisation, il fût le Gouverneur de la région d’Ambohimalaza.
Les enfants de leur soeur aînée Rasoamiadana étaient également
de fervents catholiques et certains étaient devenus des religieux catholiques.
J’ose dire que la famille de Rasamimanana était l’une des
plus puissantes sinon la plus puisssante d’Ambohimalaza de cette période.
D’un côté, conjugué à son niveau intellectuel,
Rasamimanana ressentait parfaitement son ascendance vis-à-vis des autres
membres du clan, qu’il n’y avait pas mieux que lui pour pouvoir
défendre (les) Andrindra et avait bien choisi le moment opportun pour écrire
car j’estime qu’il n’aurait pu le faire du temps de Rainilaiarivony.
De l’autre côté, je dirais que même si certaines affirmations
de Rasamimanana pouvaient ne pas faire l’unanimité chez les Zanatompo
eux mêmes, je suis sûr qu’il n’y pas eu un seul qui était
de taille à relever le challenge de Rasamimanana.
La notoriété personnelle et familiale de Rasamimanana, les écrits
qui dénigraient les Andriantompokoindrindra : c’étaient
les raisons de l’écriture de ce livre.
2. Les Objectifs de RASAMIMANANA
: La défense
Rasamimanana dans ses écrits avait un objectif précis : réhabiliter
l’honneur des Andriantompokoindrindra et de l’ancêtre terni
par les diverses agressions écrites d’historiens ou de pseudo-historiens.
J’estime que ce livre est un écrit défensif, Rasamimanana était
constamment sur la défensive.
Nous pouvons nous étendre sur toutes les idées formulées
dans ce livre sur Andriantompokoindrindra mais j’énumèrerai
4 idées forces que j’estime les plus importantes et liées
entre elles :
I) Rediscuter la succession de Ralambo entre
Andriantompokoindrindra et Andrianjaka. Négociation intelligente d’Andriantompokoindrindra
(Ce n’est pas un sot). (Pour contrer le T.A)
II) Andriamasinavalona, par le sang est un pur Andriantompokoindrindra.
La famille royale est Andriantompokoindrindra, les différents
mariages princiers le prouvent et l’étayent. (pour
contrer le T.A)
III) Les Andriantompokoindrindra ne sont pas Andrianteloray (on
a l’impression qu’il n’y attache pas trop d’importance
mais tout le livre tient à le démontrer).
IV) Les Andriantompokoindrindra sont uns et unis.
Analyse et point de vue et limites des écrits de RASAMIMANANA
2.1. Mon avis sur la succession de RALAMBO :
La légende à propos
de la flemme d’Andriantompokoindrindra et son esprit joueur
(de fanorona) est non seulement invraisemblable mais à bannir à tout
jamais de toute analyse sensée de l’histoire. Revenons
très rapidement sur la version du tantara de Callet. (cf
TA …)
L’autre version du tantara, celle de Rasamimanana parle d’une
disposition pure et simple d’Andriantompokoindrindra à abdiquer
et à léguer son pouvoir à son frère
cadet Andrianjaka.
a) Je rejoins parfaitement Rasamimanana pour
dire qu’un
jeu de fanorona ne peut être l’enjeu d’une succession.
Nous pouvons ressentir que cette histoire s’apparente à une
fable. Pour faire une parallèle, c’est que sensiblement à cette
même période, le roi sakalava Andriamandazoala avait
désigné le cadet Andriamandresiarivo au profit de
l’aîné Andriamisara, qui après fût
présenté comme un nonchalant qui se désintéressait
des affaires du royaume. Et j’estime que cette similitude
pour deux royaumes quasi-contemporains n’est pas le fruit
du hasard.
b) En revanche, je ne partage pas du tout
l’avis de Rasamimanana
qui disait qu’Andriantompokoindrindra régnant avait
décidé d’un coup, spontanément, de céder
le pouvoir à son cadet. En effet, en page 19, il écrit
que : « En présence de Ralambo et du peuple Andriantompokoindrindra
déclare ce qui suit : J’abdique en votre faveur ô Andrianjaka,
je reconnaîtrai votre souveraineté tout en restant
libre de faire ce qu’il me plaira ». J’estime
que dans ce passage, Rasamimanana n’a pas produit l’effet
escompté ( honorer Andriantompokoindrindra ). Ce qu’il
me plaira, En malgache : « hanao ny sitrapoko ». Ce
mot est gênant , car cela sous-entendait et aurait pu être
interprété comme si effectivement Andriantompokoindrindra était
un jouisseur. Manao izay tiany atao, manao izay sitra-pony. Et
un jouisseur ne peut être un homme d’Etat. Autrement
dit, cela justifierait la légende du jouisseur et du flemmard.
Cela apporterait de l’eau au moulin des partisans de la réputation
du fameux fanorona telo noho dimy.
J’attire l’attention de chacun, pour ceux qui ont
le Tantara de Callet, de lire une autre version de la succession
de Ralambo fût rapportée dans le supplément à la
fin de l’ouvrage. Cette version assez anodine et qui fût
méconnue ou occultée peut être de mauvaise
foi est cruciale. J’estime non seulement qu’elle changerait
l’appréciation de la personnalité d’Andriantompokoindrindra
mais apporterait également une autre signification du fameux
fanorona telo noho dimy.
Je soutiens cette version et qui a été expliquée
de long en large par Alain Délivré dans sa thèse
de Doctorat : « Interprétation d’une tradition
orale, les rois d’Imerina ». Cette version explique
que, ni Andriantompokoindrindra, ni Andrianjaka, ni même
leur père Ralambo n’étaient les maîtres
de la décison de succession car il fallait remonter plus
en amont : au Roi Andriamanelo père de Ralambo et grand
père des deux princes.
Andriamanelo devait laisser le trône non pas à son
fils Ralambo mais à son frère Andriamananitany selon
une règle établie par leur mère, il avait
fait assassiner son jeune frère pour favoriser son fils
Ralambo. Pour réparer son manquement à la règle
et par peur de la malédiction, il voulait réparer
son offense en mariant son fils Ralambo à Ratsitoinomanjaka
petite fille de la victime, et il désigna le fruit de cette
union comme étant l’héritier légitime
du trône étant de la descendance par trois branches
de la dynastie royale d’Alasora de Rafohy et Rangita, donc
de la famille paternelle de Ralambo.
Mais comme Ratsitoinona fût encore trop jeune, Ralambo prit
femme dans la famille de sa mère qui fût Ramarohavina
; de cette union naquirent Ravaomasina et Andriantompokoindrindra.
La jeune Ratsitoinona resta la 1ère épouse quoique
plus jeune, et dès qu’elle fût nubile elle enfanta
d’Andrianjaka né donc plus tard.
La décision de faire régner Andrianjaka fût
prise bien avant la naissance des deux princes, car la légitimité ne
vient pas du droit d’aînesse mais de la force dynastique
de la mère du cadet.
Si Rasamimanana prît pour preuve des noms topographiques,
et des noms de lieu pour étayer ses dires, je prendrai à témoin
le nom des deux princes Andriantompokoindrindra (seigneur suprême,
ou seigneur de l’ordre) et Andrianjaka (seigneur régnant).
Ne sont-ce pas des noms qui les destinaient chacun à leurs
destins et leurs rôles futurs ?
J’estime que dès leur jeune âge les deux princes
furent au courant de cette disposition qui liait leur père,
les jeux étaient faits et c’est dans cette situation
que quand leur père faisait appel aux deux princes pour
discuter de cette succession, Andriantompokoindrindra refusa par
deux fois une confrontation directe et précoce qui jouait
en sa défaveur. C’est pour cela qu’il parlait
du fanorona de 3 no 5. Le fanorona reflète le jeu de stratégie
auquel les deux princes se livrèrent pour tirer profit d’une
lutte de pouvoir. Pourquoi 3 contre 5 ? Parce que c’est comme
s’il ne disposait que de 3 atouts pour contrecarrer les 5
atouts de son frère. J’estime qu’il parlait
en langue imagée, ce fameux fanorona 3 no 5, car en fait
il cherchait le moyen de tirer le maximum de son relatif désavantage,
ou encore de neutraliser les atouts de son frère. Car justement
dans un jeu de fanorona trois pions défensifs bien placés
neutralisent cinq pions attaquants. Selon les joueurs de fanorona,
les 3 contre 5 est un match nul, et en étant joueur chevronné qu’Andriantompokoindrindra
fût, hamono telo noho dimy signifiait qu’il réfléchissait
sur le moyen d’optimiser sa position à défaut
d’une victoire qui est quasi impossible à obtenir.
Il a donc négocié les 7 conventions qui sont à mon
avis le résultat de son élucubration. (…)
2.2. C’est une transition pour parler d’Andriamasinavalona
et de ses liens avec Andriantompokoindrindra.
A partir de la page 21, Rasamimanana narre
le nom de la descendance d’Andriantompokoindrindra et d’Andrianjaka qui s’étaient
liés, mais à partir de la page 24 , il introduit
les explications des origines d’Andriamasinavalona qui
sont selon lui pures Andriantompokoindrindra par son père
un zanak’anabavy vakin’ny atsinanana et sa mère
Rafaravavy une petite fille en ligne directe d’Andriamasinavalona.
Je rejoins son point de vue sur le cas de
sa mère, en effet,
en plus des liens matrimoniaux consignés par Rasamimanana,
j’ai constaté par exemple que dans la famille d’Andrianjakanavalomandimby
fils aîné d’Andriamasinavalona, les princes
héritiers (je cite entre autres Andrianamboatsimarofy, Ramaromanompo
Ramboa,...) se marièrent avec des Andriantompokoindrindra.
Le tantara du père Callet a préféré se
taire sur ces cas de mariages préférentiels. Andriamasinavalona
fût un arrière petit-fils d’Andriantompokoindrindra.
En revanche, je ne partage pas du tout l’avis de Rasamimanana
sur l’identité du géniteur paternel d’Andriamasinavalona,
car justement c’est parce que souvent comme disait Andrianampoinimerina,
on ne pouvait jamais être sûr de l’identité du
père de la même manière qu’on était
très exigeant sur celle de la mère. En effet, il
est -selon moi- réaliste de se conformer aux versions officielles
et royales selon lesquelles Andriamasinavalona était bel
et bien un fils d’Andriantsimitoviaminandriandehibe. En effet,
conjecturer ou spéculer sur le géniteur de quelqu’un
est plus que hasardeux. Je vous informe que dans certains milieux,
on affirme aussi qu’Andriantompokoindrindra n’est pas
le fils légitime de Ralambo car Ramarohavina Ratompokoamandrainy
fût engrossée par un certain Andriambe d’Ambohitrangano.
L’histoire va être des vérités et des
contre–vérités à n’en plus finir,
je me tiens à la version officielle.
Ce que je peux également dire, c’est que dans la
famille Andriamasinavalona d’Anosy Avaratra, issue de Raombana
et Rahaniraka les deux frères jumeaux ayant étudié en
Angleterre du temps de Radama I, dont l’érudition
et la culture étaient parmi les plus élevées
du royaume, nombreuses sont les versions de Rasamimanana qui ont été réfutées
dans ce milieu. La notoriété sur la connaissance
historique des Andriamasinavalona d’Anosy Avaratra perdure
jusqu’à nos jours.
De plus, j’estime que sans le vouloir, en affirmant qu’Andriamasinavalona était
Andriantompokoindrindra de père et de mère, Rasamimanana
affaiblissait les Andriantompokoindrindra, car par Andriamasinavalona
roi, Andriantompokoindrindra était au pouvoir, de cette
manière, Andriamasinavalona n’avait plus besoin de
recourir au mariage avec les filles zanatompo car il était
un Andriantompokoindrindra. Il lui suffisait de marier ses fils
avec les descendances de ses frères et surtout de ses soeurs
et la convention fût respectée sans que les princes
héritiers soient obligés d’aller à Ambohimalaza.
Ce qui veut dire écarter Ambohimalaza comme étant
le ventre dynastique du royaume, c’est ce qui allait justement
se passer car plus tard, les ventres dynastiques étaient
Rangorinimerina, puis Rasoherina et Ralesoka.
2.3. Les Andriantompoindrindra ne sont pas Andrianteloray.
On a l’impression que cette affirmation se limite à la
nota à la fin du livre p°45, mais en fait tout le livre
va dans cette tendance. En étant prolixe sur Andriamasinavalona,
Rasamimanana voulait démontrer la proximité d’Andriantompokoindrindra
avec Andrianjaka et surtout Andriamasinavalona et ses successeurs.
Les Ambohimalaza ne voulaient pas du tout qu’on les classe
comme étant dans le même groupe que les Andrianamboninolona
et Andriandranando. Et Rasamimanana s’est totalement tu
sur les éventuels liens avec les Andrianamboninolona et
Andriandranando, pour démontrer qu’Andriantompokoindrindra
n’a rien à voir avec ces derniers. Il « oublia » par
exemple de dire que Ramaroahavina, la mère d’Andriantompokoindrindra était
une demi-soeur d’Andriandranando. Fait étrange également
sur le silence à propos de l’identité de la
femme principale d ’Andriantompokoindrindra.
Si certains écrits ont tout fait pour dénigrer les
Ambohimalaza, Rasamimanana quant à lui ne sortait rien pour
dire du mal des autres, préférant les ignorer. C’est
ce que j’appelle l’élégance de Rasamimanana.
Les Andriantompokodrindra sont- ils Andrianteloray
? Je répondrai
par oui et non.
Oui car, dans la logique administrative notamment
au XIXè du
temps des royaumes, et le code des 305 articles de Ranavalona II
l’atteste, le terme Andrianteloray y était écrit
noir sur blanc dans les règles sur les liens matrimoniaux.
C’est une preuve irréfutable.
En revanche dans la pratique et dans la conscience populaire, les
Andriantompokoindrindra ne sont pas Andriateloray. Premièrement
parce que les Andriantompokoindrindra ont toujours refusé de
l’être. Une version du TA de Callet en parle, car
un des Andriantompokoindrindra au péril de sa vie a osé en
parler en assemblée devant Andrianampoinimerina. C’est
dire de l’importance qu’accorde les vieux zanatompo à cet
ordre protocolaire.
Mais d’autres éléments le confirment, tout d’abord
le trano manara. Si certains veulent minimiser l’impact du trano manara,
je dirai que c’est ce qui consacre les Andriantompokoindrindra comme étant
les teraky ny trano fohiloha au même titre que les Andriamasinavalona
ou Zazamarolahy , signe visible de la haute noblesse.
Des faits relatant des mariages à la fin du XIXè siècle
aussi, démontrent dans la pratique la considération
des Andriantompokoindrindra.
Dans le bokin-dRabisaona, diaire de ce jeune zazamarolahy fils
du prince Rasoarandrana frère ainé du prince Ramahatra,
il raconta que sa famille était très stricte pour
les mariages qu’elle estimait en dehors de son rang, et ce
rang fût selon eux le teraky ny trano fohiloha. Alors quand
son jeune frère Ratsontsoraka se maria avec une Andriantompokoindrindra,
toute la famille donna sa bénédiction , et la jeune
mariée porta les insignes écarlates. D’ailleurs
, le prince Rasoarandrana lui-même fût marié à une
Andriantompokoindrindra.
Je dirai seulement que les Andriantompokoindrindra
sont inclassables, il ne sont pas Andrianteloray, mais ils ne
peuvent être considérés
comme appartenant à la proche parenté Andriamasinavalona
ou Zazamarolahy, ils sont à part. Ils ont d’ailleurs été conscients
de cet état, c’est pour cette raison qu’ en
Décembre 1913, quand les Andriana furent consultés
pour les réfections des tombeaux royaux, les Andriantompokoindrindra
voulaient y aller seuls, ne voulant pas venir avec les uns et les
autres , ce qui a attiré le courroux des autres tel qu’il
a été rapporté par un Andriamasinavalona.
En résumé, les Andriantompokoindrindra se suffisent
et n’ont pas besoin d’être comparés ni
par rapport au Andriamasinavalona et Zazamarolahy ni par rapport
aux Andrianamboninolona ou Andriandranando, je dirai que ce sont
des Andriana à part, qui se sont d’ailleurs comportés
comme tels. C’est l’une des raisons pour lesquelles
je pense, ils se marièrent entre eux car ils ne s’identifient
pas aux autres andriana mais seulement par rapport à eux
mêmes.
2.4. Les Andriantompokoindrindra sont uns et unis.
Rasamimana voulait éviter
de rapporter toute trace de différends ou de problèmes
entre Andriantompokoindrindra notamment l’antagonisme entre
les catholiques et les protestants. En ces temps-là, les
colons favorisèrent les catholiques.
Mais il y a eu également la sourde rivalité entre
protestants des 3 temples. Les très puissants commerçants,
les ébénistes royaux, les Andriambaventy et les autres.
Je citerai aussi la dualité entre Andriambe le fils aîné du
fils ainé à qui revenait 2/3 du territoire et les
autres Andriantompokoindrindra. Cette dualité Andriambe
et autre andriantompokoindrindra était très vivace
chez les anciens, peut-être aussi parce que les enfants d’Andriantompokoindrindra
n’étaient pas de mêmes mères. Rasamimanana
n’avait même pas mentionné le nom de la 1ére épouse
ni ses origines, car cela remettrait en selle la notion d’A31.
Je citerai aussi une partie de la descendance
d’Andriandambo
qui avaient préféré s’assimiler aux
Andriamasinavalona, à Ambohimiakoja/Antsahadinta/Androhibe
ou les Zanatompomasina d’Ambohidrapeto des Andriantompokoindrindra
qui s’étaient dilués avec les Andriamasinavalona
tera-dRenilambo.
Pour ce faire, Rasamimanana s’était abstenu de tout
détail sur la généalogie descendante d’Andriantompokoindrindra,
et c’est ce que j’estime être la plus grande
sensation de manque quand je lis cette oeuvre. Il avait écrit
des pages de généalogie mais il ne l’a pas
publiée, je sais qu’il avait cité des noms
mais on a cette sensation de frustration du manque de détails
pour un compulseur de généalogies.
En escamotant les généalogies, j’estime d’un
côté qu’il a atteint son but : unir tous les
Andriantompokoindrindra entre eux mais le revers est que la majorité écrasante
des descendants Andriantompokoindrindra n’ont pas de généalogies
qui remontent jusqu’à l’ancêtre éponyme
alors que les grandes familles andriamasinavalona ou zazamarolahy
après 12, 14 ou 15 générations arrivent à monter
aisément jusqu’à l’ancêtre et dont
ils s’enorgueillissent car leurs généalogies
sont lisibles à deux, quatre, six ou huit branches et c’est
normal car une généalogie royale doit être
lisible.
3. Quelle conclusion en tirer ?
Cette oeuvre
est remarquable, par les informations inédites qui y sont contenues mais je sens
que Rasamimanana en savait plus que ce qu’il a écrit.
Finalement, ce livre laisse le lecteur sur sa faim, une soif d’en
connaître davantage.
Ce qui m’amène justement à me demander, pourquoi,
les Andriantompokoindrindra n’ont rien écrit avant
et n’ont rien écrit après. Ou est-ce qu’il
y a parmi les Andriantompokoindrindra des gens qui ont des manuscrits
privés et/ou familiaux mais qui les gardent jalousement
? C’est assez étonnant qu’une tradition de 500
ans d’un personnage hors du commun ne soit couchée
par écrit que par une seule personne, d’un livre de
seulement 45 pages.
Seules quelques bribes d’histoire sont
contenues dans les livres du maintimolaly du Sekoly Vinet.
Est-ce que par exemple un lettré comme Ramamba Andriambaventy,
un parmi les premiers élèves des missionnaires du
temps de Radama 1er avec son épouse Ratsianta, représentant
d’Andriantompokoindrindra au palais n’avaient rien
laissé, ou encore Rasoanitsiriana un des Roambinifololahindradama
(élèves des missionnaire au palais Besakana), Andriamambatiana,
Razakavahy et les autres.
Finalement, ce livre de Rasamimanana bien qu’important, n’est
qu’un petit jalon, comparé à ce qui doit se
connaître dans l’histoire d’Andriantompokoindrindra
et des Andriantompokoindrindra, et ce qui me désole c’est
la méconnaissance et le désintéressement de
beaucoup de descendants. Et souvent, ce sont les ignorants qui
sont les moins humbles. Alors, j’incite les Andriantompokoindrindra à étudier
leur histoire, ne laissez pas aux autres le soin d’étudier
ou écrire votre histoire sinon cela pourrait encore vous
jouer des tours.
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